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Accompagner l’errance, portrait d’Antoinette Steiner

Aumônière auprès des réfugiés, Antoinette Steiner apporte son aide aux personnes qui demandent l’asile. Nombre d’entre elles sont accompagnées, mais pas accueillies en Suisse. Une réalité paradoxale et difficile. Par Camille Andres, Réformés

Deux jours par semaine, Antoinette Steiner, aumônière dans l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) auprès des réfugiés se rend à Vallorbe. À deux pas de la gare se trouve l’ancienne caserne qui accueille une centaine de personnes, en attente d’une demande d’asile. Venus seuls ou en famille, d’Afghanistan, d’Érythrée, de Turquie ou du Congo, ils pensent souvent être arrivés au bout de leur périple. Mais non. Tous ne seront pas accueillis. Certains se verront renvoyés dans le pays d’où ils viennent, ou celui qui les a identifiés en premier, selon les règles de la procédure européenne dite « de Dublin ». S’ouvre alors un gouffre d’incompréhension, de souffrance et d’angoisse pour des personnes qui ont parfois échappé à la dictature ou à des violences avérées.

« Le plus douloureux pour nous, c’est de les accompagner dans leur renvoi vers des pays où les conditions d’accueil sont … 

Des gens à bout
 « Le plus douloureux pour nous, c’est de les accompagner dans leur renvoi vers des pays où les conditions d’accueil sont … » La maman de quatre enfants ne finit pas sa phrase, lève les yeux au ciel. Certaines errances la hantent toujours. « Ces jeunes parents renvoyés avec leur enfant de six ans vers la Croatie où ils avaient souffert de faim et de déshydratation. Cette femme de soixante ans abandonnée à la rue italienne … » Depuis sa prise de poste en 2008, Antoinette Steiner voit des familles qui s’effondrent, des gens à bout.

Un système qui n’est pas a priori bienveillant
La différence avec l’aumônerie d’hôpital, par exemple, c’est que l’on travaille dans un système qui n’est pas a priori bienveillant », affirme-t-elle en pesant ses mots. Pour ne pas dire absurde. « Nous assistons à des processus de ’désintégration’. En 2015, notre pays a vu arriver un nombre important de très jeunes réfugiés voyageant sans leur famille. Plusieurs d’entre eux ont fourni un immense effort d’intégration, et se retrouvent trois ans plus tard déboutés de l’asile. Certains doivent même abandonner un apprentissage. »

Une reconnaissance fondamentale
Dans ces parcours chaotiques faits de mille humiliations, de peur, parfois d’esclavage, les aumôniers offrent aux chercheurs d’asile « une reconnaissance fondamentale : celle d’être considérés comme des humains. » Comment tenir, face à ces vies malmenées ? Grâce à son équipe œcuménique : le pasteur Pierre-Olivier Heller et deux collègues catholiques. « Un magnifique lieu d’Église, fraternel, où ne se pose pas la question des frontières ecclésiales. »

Convictions solides
Grâce à des convictions personnelles solides, héritées d’une mère « révoltée par l’injustice », engagée « depuis toujours dans les questions d’asile et de droits humains ». Grâce aussi à un ancrage dans les textes bibliques : Antoinette Steiner a entre autres été assistante en sciences bibliques à la faculté de théologie de Lausanne. « Je me demande si l’indifférence, qui est le contraire de la relation, n’a pas à voir avec le ‘ péché ’ … »

Witikon; Wikimedia/Roland zh

Antoinette Steiner

Pour en savoir plus


Fin 2018, 62 050 personnes relevaient du processus d’asile dans notre pays, dont 6 023 dans le canton de Vaud. Plus de la moitié viennent d’Asie (notamment d’Afghanistan et de Syrie), puis d’Afrique subsaharienne, notamment d’Érythrée. Ces chiffres comprennent aussi bien les personnes qui effectuent une première demande que celles qui ont reçu une admission provisoire, ou celles dont le renvoi a été suspendu. En 2018, plus de 4 000 personnes se sont vu signaler un renvoi. Les demandes d’asile sont aujourd’hui en forte baisse après une hausse vertigineuse en 2014 – 2016. Le pic a été atteint en 2015 avec presque 40 000 demandes déposées sur l’année. (source : Secrétariat d’État aux migrations)