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Allerà la rencontre de l’autre

Sep 6, 2018 | Asile migration, Bénévolat, Magazine

Dans nos Églises, aussi bien des ministres que des bénévoles souhaitent offrir leur soutien aux rquérants d’asile. Mais comment s’y prendre ? Et comment mettre sur pied des actions durables ? Un exemple, tiré de l’expérience neuchâteloise, met en lumière l’une des clés du succès : la capacité d’adaptation.

La réalité ne correspond pas toujours à l’idée que l’on s’en fait.

Ainsi, en 2012, lorqu’un centre pour requérants d’asile nouvellement s’est ouvert à Boudry, des habitants de la région et des membres de diverses cmmunatés religieuses, dont la paroisse réformée du Joran, décidèrent de se montrer accueillants envers ces nouveaux voisins. Désireux de créer des ponts entre les nouveaux-arrivés et les habitants de la commune, ils pensaient être les bienvenus au centre. Or ils se heurtèrent à des réticences de la part des responsables, eux-mêmes échaudés par des expériences problématiques avec des personnes n’hésitant pas à faire du prosélytisme auprès des requérants. En effet, imposer les valeurs chrétiennes aux demandeurs d’asile o, ce qui contrevient aux principes d’une institution étatique. Les laisser dans l’illusion qu’en devenant chrétiens ils améliorent leurs chances d’être admis en Suisseest également inapproprié, la liberté de croyance étant ancrée dans la Constitution fédérale.

RequérENSEMBLE, ce sont 40 bénévoles et une coordinatrice engagée à temps partiel. Photo : canal alpha

« Nous avons dû établir, pas à pas, la relation de confiance que nous connaissons aujourd’hui » se rappelle Jacqueline Lavoyer-Bünzli, alors animatrice diaconale dans la paroisse Le Joran. Étant la seule salariée du groupe, ce fut elle qui prit contact avec les autorités en vue d’un partenariat de nature à diminuer l’animosité et les craintes de la population envers les demandeurs d’asile. L’idée-clé de la plate-forme RequérEnsemble créé dans ce but était que les contacts personnels permettraient de surmonter les craintes et de replacer la solidarité humaine au premier plan.

Petit à petit, ce fut le cas : la population et les pensionnaires du centre firent progressivement connaissance lors de rencontres autour d’un café et de célébrations communes les jours de fête.

Analyser les besoins

En 2015, le centre d’hébergement cantonal est devenu centre fédéral et le nombre de personnes hébergées a augmenté. Les bénévoles décidèrent de passer à la vitesse supérieure : ils adoptèrent une charte et mirent sur pied une offre régulière de cafés-contacts à proximité du centre. Les bénévoles pensaient que des ateliers de bricolage permettraient de communiquer malgré les difficultés de langues et offriraient une diversion bienvenue dans la monotonie du quotidien du centre. Mais là aussi, la réalité se révéla différente. Les requérants, qui avaient une longue histoire de fuite derrière eux et un avenir incertain devant eux, avaient d’autres préoccupations que de participer à des stivités créatrices.

« Ils voulaient avant tout entrer le plus rapidement possible en contact avec leurs proches en Suisse et ailleurs », se rappelle Jacqueline Lavoyer-Bünzli. Le groupe, adapta ses prestations en conséquence. Une quarantaine de bénévoles et une coordinatrice engagée à temps partiel grâce à un soutien de Fondia occupèrent donc le chalet appartenant à un service de traitement des dépendances qui le met gratuitement à disposition et organisèrent deux après-midi d’accueil par semaine. .. avec ordinateurs ! Afin que les demandeurs d’asile puissent communiquer avec leurs proches à l’aide des médias sociaux, ce parc informatique compte désormais cinq ordinateurs usagés, remis à jour par des personnes en réinsertion professionnelle, et deux tablettes achetées en complément. Grâce à des dons en nature, dont celui de la Banque Raiffeisen régionale, il a été possible de mettre à disposition du papier et des stylos, d’offrir des collations, etc..

L’accès aux réseaux sociaux et à Skype rencontra un grand succès. Les bénévoles observèrent toutefois que de nombreux enfants étaient livrés à eux-mêmes parce que leurs parents étaient habitués à ce que tous les adultes présents s’en occupent. Les bénévoles commencèrent donc à organiser des jeux simples et des activités de bricolage pour les petits. Jacqueline Lavoyer-Bünzli raconte : « Les bénévoles que la paroisse accompagne sans les brider, font preuve d’une grande créativité. Quelqu’un a eu l’idée, par exemple, de faire un classeur avec des mots dans toutes sortes de langues, pour faciliter la compréhension ».

Une expérience formatrice

Depuis, la situation a encore évolué. Le Centre fédéral pour requérants d’asile met dorénavant lui-même à disposition des possibilités de communication avec l’étranger. Le groupe RequérENSEMBLE a dû donc s’adapter une nouvelle fois. Il organise maintenant des rencontres régulières autour d’un café et lors des jours fériés. L’année dernière, il y a eu pour la première fois plus d’indigènes que de demandeurs d’asile à la fête de Noël. Les ponts sont donc bel et bien jetés !

À quoi doit penser une paroisse qui souhaite s’engager dans ce domaine? Jacqueline Lavoyer-Bünzli estime que la collaboration entre les bénévoles et les salariés est essentiel. L’Église neuchâteloise offre à tous les bénévoles qui souhaitent s’engager dans le domaine de l’asile une formation introductive. Ensuite, les bénévoles se retrouvent tous les mois pour discuter de leurs expériences, des difficultés rencontrées et pour chercher ensemble des solutions concrètes. La vie au chalet n’est pas toujours simple. Il est arrivé que des personnes alcoolisées perturbent les autres ou qu’il y ait des altercations. « Ensemble, les bénévoles arrivent presque toujours à trouver des solutions aux situations, même les plus délicates, des solutions qui conviennent aux demandeurs d’asile comme à eux-mêmes. », souligne Jacqueline Lavoyer-Bünzli, aujourd’hui responsable du Service cantonal Développement communautaire et animatrice du bénévolat pour l’Église évangélique réformé de Neuchâtel.

Le dernier mot lui revient : « Aller à la rencontre de l’autre et dialoguer est essentiel, établir et cultiver une relation de confiance, voilà le B-A-BA ! »

« Nous avons dû établir, pas à pas, la relation de confiance que nous connaissons aujourd’hui » se rappelle Jacqueline Lavoyer-Bünzli, alors animatrice diaconale dans la paroisse Le Joran. Photo : canal alpha