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Bâle-Campagne : la diaconie fait de la socié-té une communauté favorisant l’intégration L’aumônier remplacé par un spécialiste en soins spirituels ? Solidaires quoi qu’il advienne

Nov 1, 2018 | Église et foi, Magazine

Une diaconie qui reconnaît les signes des temps et parle un langage clair est bien acceptée par la société et a des perspectives, peut-on lire dans le concept de diaconie de l’Église réformée de Bâle-Campagne. Voici la deuxième partie de la série de concepts de diaconie présentés sur diaconie.ch.

« Dans une société où l’exigence d’une efficacité mesurable s’impose dans des domaines toujours plus nombreux de l’existence, d’autres valeurs fondamentales risquent de disparaître » : tel est le constat formulé dans les « Principes de la diaconie », publiés il y a bientôt quatre ans par l’Église de Bâle-Campagne. Parmi ces valeurs figurent la compassion, la charité, l’amour du prochain, le respect et la dignité, la responsabilité sociale et la sécurité. Or la diaconie peut transmettre à la société ces valeurs auxquelles l’être humain « aspire profondément dans sa vie personnelle. » Seule une Église diaconale peut être acceptée et avoir un avenir dans notre société, affirme le texte.

Rédigé par Roland Luzi sur mandat du Conseil de l’Église de Bâle-Campagne, ce document de près de cinquante pages donne un aperçu des idées et du concept de la diaconie réformée. Il commence par un bref rappel théologique et historique. Au début des années 1960, Bâle-Campagne ne disposait pour relever les défis sociaux que de quelques diaconesses œuvrant comme infirmières à domicile, lesquelles ont été rejointes plus tard par quelques diacres. Les pasteurs devaient se montrer polyvalents et couvrir tous les besoins de la paroisse. Puis au dé-but des années 1970, de plus en plus de paroisses ont créé des services de diaconie, qui se concentraient sur différents domaines d’activité.

Le concept de diaconie

La diaconie, souligne le concept, s’attache aujourd’hui encore à reconnaître les signes des temps. Elle doit parler un langage clair et oser « dire des choses ou aborder des sujets qui in-terpellent, qui invitent à la réflexion, qui parfois dérangent ou sont désagréables. »

Les réformés bâlois la définissent ainsi : « La diaconie est une aide fondée sur des motivations chrétiennes fournie dans le contexte de l’Église et de la société. » Elle est apportée partout où des personnes vivent ensemble et ont besoin d’un soutien. Sur le terrain, sa mission consiste à identifier les souffrances spécifiques, concrétiser l’objectif d’une coexistence dans la solidarité et soutenir un engagement social commun.

La particularité de la diaconie réside dans les « convictions qui la sous-tendent », l’action diaconale tirant sa motivation de ses racines chrétiennes. Dans des situations limites, cet enracinement peut se révéler une source de force et d’inspiration personnelle. L’engagement diaconal au service de l’être humain se nourrit avant tout de l’amour du prochain. C’est ce qui le distingue en fin de compte de l’aide sociale publique, qui s’occupe en priorité de l’application de principes fixés par un cadre légal.

Les diacres

Le ministère diaconal est d’une valeur égale au ministère pastoral, constate le concept de diaconie de Bâle-Campagne. Les diacres sont responsables de la mission diaconale de la paroisse. Ce travail s’articule autour de trois principaux domaines : la pédagogie paroissiale, le travail communautaire et le développement de la paroisse. Les plus importantes formes du travail diaconal sont l’accompagnement de groupes, le service de visites, le bénévolat, le conseil, l’accompagnement humain et spirituel en tant que formes s’adressant à toutes les générations, ainsi que l’aide ponctuelle comme le soutien à l’autonomisation (empowerment) et le travail en réseau dans les espaces sociaux.

« Ils deviennent des médiateurs, des créateurs de contacts, des initiateurs de nouveaux liens et réseaux sociaux »

La diaconie n’agit pas seule. L’activité diaconale place l’Église au cœur de la société et lui permet d’entrer naturellement en contact avec d’autres institutions sociales, constate le concept bâlois. Il s’agit en l’occurrence de relations personnelles : les professionnels de la diaconie peuvent soutenir subsidiairement les compétences des institutions sociales communales et cantonales, les mettre en réseau et les développer en les faisant connaître. « Ils deviennent des médiateurs, des créateurs de contacts, des initiateurs de nouveaux liens et réseaux sociaux. »

La diaconie, précise le concept bâlois, sert de « médiatrice dans la jungle des offres d’aide » et oriente les personnes jusqu’à l’institution qui pourra leur apporter une aide et un soutien effectifs et durables. D’une manière générale, la diaconie devrait lancer des initiatives pour que la société devienne « une communauté ouverte, équitable, accueillante et favorisant l’intégration ».

La diaconie en tant que diaconie réformée

Les réformateurs ont réduit la hiérarchie ecclésiale et reconnu l’importance de la participation de la base aux activités paroissiales. Le principe réformé affirmant que tous les membres de la communauté sont appelés à la diaconie, est un élément constitutif de l’identité protestante. La diaconie désigne en ce sens l’action sociale chrétienne dans la société, souligne le concept de Bâle-Campagne, qui précise : « Il est important d’utiliser systématiquement ce terme au niveau interne, afin que les membres des autorités, les collaboratrices et collaborateurs et les bénévoles puissent développer leur propre identité diaconale. » L’action menée par la diaconie est finalement tenue en haute estime par la société, raison pour laquelle les organes ecclésiaux doivent « la soutenir par tous les moyens disponibles ».

Domaines d’action de la diaconie

L’identification de domaines d’action est importante pour permettre à la diaconie de réagir aux besoins et aux souffrances humaines, relève le concept. Sept domaines potentiels sont pré-sentés dans ce document : travail et existence, santé et bien-être, appartenance et participation, migration et intégration, personnes âgées, jeunesse, écologie. Les domaines d’action montrent toute la complexité des défis so-ciaux. Cela peut être une source d’inquiétude, mais aussi un encouragement, sachant que « l’action diaconale peut avoir une influence positive sur ces problèmes ». Car : « Dans la diaconie, l’être humain est toujours placé au centre, avec ses besoins sociaux, matériels, relationnels et religieux. »