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« Caring Communities » : là où la bienveillance est de rigueur

Oct 1, 2018 | Bénévolat, Magazine, Personnes âgées, Politique sociale

Quartiers anonymes, ménages d’une seule personne, moins d’enfants, qui connaît encore sa voisine ou son voisin de quartier, de village ? Les chiffres sur l’évolution de la société en Suisse ne sont guère encourageants et pourtant, on observe également l’émergence d’une tendance inverse : la communauté à petite échelle, dans un espace géographique restreint, où l’on se soucie les uns des autres. Ce principe est de plus en plus souvent institutionnalisé sous la dési-gnation de « caring community », que les Québécois traduisent par « communauté bienveil-lante ». Une tendance qui fait désormais l’objet d’études ; même le Pour-cent culturel de la Migros s’y intéresse !

L’idée de « caring community » (CC), de l’anglais to care – aimer, se soucier, prendre soin exprime une posture et un mode de pensée éthiques que les acteurs locaux concrétisent dans la communauté locale sous diverses formes, soit des projets ou des offres dans le domaine social, qui se basent sur des relations les uns avec les autres, sur un pied d’égalité. La notion – certes un peu fourre-tout – de « care » sous-entend toutes sortes de questions en lien avec le soin, l’aide et le souci d’autrui, questions essentielles pour la vie en société. Les spécialistes consta-tent d’ailleurs un usage inflationniste du terme, aux plan local, communal, dans les écoles, les universités et même dans certaines entreprises et dans la collaboration au développement.

La notion de « caring community » dérive de la tradition anglo-saxonne de charity, de charité au sens originel (care a la même racine que caritas, amour du prochain en latin, charity en an-glais), sans la connotation négative que ce mot a parfois en français. Ce qui unit toutes les communautés bienveillantes est une posture, une action critiques face aux évolutions socié-tales : soumission de plus en plus de domaines de l’existence aux lois de l’économie, peur de l’étranger, repli sur soi, solitude croissante. Les communautés bienveillantes veulent contrer ces évolutions, qui concernent également le système de santé. Le concept a toutefois aussi ses détracteurs : les citoyennes et les citoyennes ne sont-ils pas chargés de tâches qui reviendraient de fait à l’État ?

Les CC cherchent à assumer des tâches sociales au-delà de problématiques et de groupes cibles particuliers. Le principe fondamental est celui de la responsabilité individuelle, dans un espace qui se meut entre sphère privée et sphère publique. Les CC veulent être une réponse aux changements démographiques, une réponse ancrée dans le tissu local. Pour y parvenir, il faut que les personnes qui s’y engagent partagent un certain nombre de valeurs. Il faut égale-ment une adéquation du projet à l’espace social dans lequel il émerge, une orientation selon le bien commun, une culture de la reconnaissance et la création d’un lieu d’identification.

Discussions pendant la journée « Caring Communities – Soins palliatifs au sein des paroisses ». Photo: Gion Pfander

Les domaines de l’existence pour lesquels mobiliser des personnes prêtes à s’engager dans une CC sont nombreux : solidarité intergénérationnelle, voisinage, développement de la vie de quartier, gérontologie, santé, Église ou politique. Les spécialistes constatent un potentiel inex-ploité ou des besoins dans les zones rurales et dans les domaines de la migration ou du vieillis-sement.

Communauté bienveillante : haut les valeurs !

Une question reste encore sans réponse : quelle est la taille idéale d’une CC ? L’échelle « lo-cal » ne constitue pas un critère central pour tous les experts. En revanche, tous sont d’accord pour affirmer que les CC s’organisent horizontalement et qu’elles doivent donc absolument réussir à concilier les perspectives « top down » et « bottom up ». Il faut les considérer tout d’abord comme un lieu de promotion et de défense de valeurs. Le concept original de CC s’appuyait à l’origine très fortement sur l’engagement bénévole non rémunéré. Au centre fi-gure une communauté (rendue) ponctuellement capable de sollicitude, donc de prendre en charge des tâches d’aide et de soin dans le sens de soutien social. Des tâches qu’un club de football serait en mesure d’assumer.

Pour que le concept de CC puisse s’imposer, il faut que la société prenne conscience de sa per-tinence sociale. Au vu de l’évolution démographique, une communauté qui sache faire preuve de sollicitude qui puisse s’appuyer sur le bénévolat informel et la sécurité sociale est indispen-sable.

Source : diakonie.ch