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Cinquante ans de solidarité œcuménique

La campagne œcuménique de Carême souffle 50 bougies cette année. Portée par les œuvres d’entraide protestante et catholique romaine Pain pour le prochain et  Action de Carême – en collaboration avec Être partenaires –, la campagne touche chaque année plus de deux millions de personnes en Suisse. Rencontre avec les directeurs de Pain pour le prochain, Bernard DuPasquier et de l’Action de Carême, Bernd Nilles. Par Laurence Villoz, ProtestInfo.

Comment expliquez-vous que, dans une société où tout change très rapidement, la campagne perdure depuis 50 années ?
Bernd Nilles (BN) 
: Nous nous sommes toujours attaqués aux causes des problèmes. C’est une niche qui provoque, mais qui résonne avec l’idée d’être chrétien et touche aussi un public plus large. Nous n’avons pas peur du changement et promouvons clairement la justice sociale et la dignité.
Bernard DuPasquier (BDP) : La force de cette campagne, c’est qu’elle est ancrée dans les deux Églises et qu’on ne doit pas rechercher chaque année un nouveau public. Ce modèle fonctionne et le public nous suit depuis 50 ans.

« Par ailleurs, en parlant d’œcuménisme, la campagne de Carême porte le label Oecumenica de la Communauté de travail des Églises chrétiennes en Suisse (CTEC.CH) pour des projets œcuméniques exemplaires.

Quels sont les objectifs de la campagne ?
BDP 
: La campagne poursuit trois principaux objectifs : l’information et la sensibilisation sur des situations de politique de développement, notamment la façon dont notre mode de vie influence les pays du Sud. Nous cherchons également à créer un impact au niveau politique. Par exemple, au début des années 2000, la problématique de notre campagne sur le désendettement des pays du Sud a récolté 250 000 signatures qui ont amené la Confédération à créer un fonds pour le désendettement de ces pays. Le troisième objectif concerne la recherche de fonds.

 

Bernd Nilles (à g.) et Bernard DuPasquier © Patrik Kummer

Bernd Nilles (à gauche) et Bernard DuPasquier © Patrik Kummer

Est-ce que le nombre de donateurs est stable ?
BDP 
: Si l’on regarde sur le long terme, le nombre de paroisses impliquées dans la campagne a baissé pour des raisons démographiques. De plus, le marché de la recherche de fonds est devenu nettement plus concurrentiel. Au niveau des recettes du côté protestant, il y a une baisse évidente, mais c’est une campagne qui mobilise encore beaucoup de dons.
BN : En 50 ans, nous avons dû récolter près d’un milliard de dons au total. C’est exceptionnel et cela montre que la solidarité est toujours une valeur importante en Suisse, ce qui est également confirmé par le ZEWO (le service suisse de certification pour les organisations d’utilité publique collectant des dons). D’après ses statistiques, les dons versés aux associations caritatives helvétiques s’élevaient en 2016 à près de 1,8 milliard de francs.

Quel montant avez-vous reçu en 2018 ?
BN :
Environ neuf millions de francs, du côté catholique, par des donations privées.
BDP : De façon arrondie, je dirais six millions de francs, pour le côté réformé. Nous distribuons le même matériel, mais les donateurs peuvent choisir des projets catholiques, protestants ou œcuméniques. La campagne récolte plus d’argent du côté catholique pour des questions essentiellement démographiques.

 

 

Pourquoi choisir de soutenir des projets dans les pays du Sud plutôt qu’en Suisse ?
BN 
: Les projets que nous soutenons dans les pays du Sud concernent souvent des populations qui ne reçoivent l’aide de personne. C’est notre créneau spécifique. En Suisse, les personnes dans la précarité sont soutenues et aidées par des services sociaux et des associations. Nous laissons donc ces structures spécialisées faire ce travail. Notre objectif pour la Suisse concerne la responsabilité face aux problèmes des pays du Sud. En Suisse, nous voulons changer les mentalités, les structures politiques et économiques ainsi que les modes de vie individuels.

L’œcuménisme a connu son âge d’or dans les années 1960, cet engouement est un peu retombé aujourd’hui. Quel est le sens d’une campagne œcuménique actuellement ?
BDP : On vit dans une société extrêmement fragmentée où l’on parle majoritairement de nos différences, dans une logique de concurrence et de positionnement. Le fait que deux organisations venant de deux courants différents du christianisme collaborent depuis 50 ans envoie un message important. L’œcuménisme n’a peut-être plus le vent en poupe, mais l’enjeu de montrer qu’on surmonte nos différences pour une cause commune, est extrêmement d’actualité.
BN : Je suis né en Allemagne. Quand je suis arrivé en Suisse, j’ai trouvé que l’œcuménisme vécu par les chrétiens dans ce pays n’avait pas d’égal, c’est quelque chose d’extraordinaire.

Sœur Nathalie, avocate, femme engagée © Meinrad Schade

Sœur Nathalie  © Meinrad Schade

La campagne 2019

La campagne œcuménique 2019 se focalise sur le renforcement des droits des femmes dans le contexte de l’exploitation des matières premières avec pour thème « Ensemble avec des femmes engagées — Ensemble pour un monde meilleur ». La campagne se déroule du 6 mars au 21 avril, les six semaines qui précèdent Pâques. De nombreuses activités, conférences et événements se déroulent dans toute la Suisse.