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D’où qu’ils viennent, les enfants devraient avoir les mêmes droits !

L’Église réformée vaudoise s’inquiète des conditions d’accueil des migrants non accompagnés. Aumônière active dans le domaine de l’asile, Antoinette Steiner Delacretaz partage son expérience de terrain.

« Les enfants sont des enfants, on ne peut pas traiter les migrants mineurs non accompagnés différemment des autres enfants de ce pays », martèle la pasteure Antoinette Steiner Delacretaz. Aumônière au Centre d’enregistrement et de procédure de Vallorbe (VD) elle est aussi active dans l’action parrainage mise en place dans le canton de Vaud par différentes organisations apportant une aide dans les domaines de l’asile ainsi que par les Églises réformée et catholique romaine. « Le parrainage a pour but de donner à ces jeunes un point de contact avec la société, leur permettre des temps en dehors des structures collectives et de parler un peu français. Nous n’avons pas de but éducatif, mais nous nous rendons bien compte des manquements en la matière ! Les éducateurs sont très engagés, mais ils manquent de ressources ! »

Des agents de sécurité plutôt que des éducateurs

Un exemple : « L’un des foyers pour mineurs non accompagnés peine à recruter du personnel éducatif. Le résultat, c’est que les week-ends, il n’y a pas d’éducateurs sur place, mais que des agents de sécurité », regrette la pasteure. « En même temps, nous sommes très reconnaissants au canton de Vaud pour les mesures prises depuis 2015. Dans certains cantons, les migrants mineurs ne disposent même pas de structures adaptées et son accueillis avec les adultes ! »

« Il faudrait une fois une prise de position au niveau fédéral rappelant que tous les enfants ont les mêmes droits », résume Antoinette Steiner Delacretaz. « En n’offrant pas les mêmes possibilités aux mineurs non accompagnés qu’à nos propres enfants, on se tire une balle dans le pied ! Surtout que ces jeunes ont subi des abus de tout ordre et vécu des choses qu’on ne peut même pas imaginer. » « Et il y a urgence ! À leur âge, ils sont en plein développement, on doit leur donner les moyens de retrouver des repères rapidement, sinon ils ne parviendront pas à se construire et à s’intégrer ».

Prise de position de l’Église réformée

Les revendications des éducateurs des foyers concernant leurs conditions de travail ont touché les équipes œuvrant au sein des aumôneries spécialisées. « Je comprends que les Églises ne puissent pas relayer des revendications syndicales, mais je pense qu’elles sont dans leur rôle quand elles défendent des droits des enfants ou qu’elles dénoncent des choix de société qui portent préjudice aux mineurs non accompagnés. »

Le conseil synodal de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) a donc fait siennes ces inquiétudes portant sur l’accueil des migrants non accompagnés. « Comment se relever lorsqu’on a fui à 15 ans la violence extrémiste, que l’on a été arrêté au cours du voyage, torturé, qu’on a vu mourir des copains de route? Comment se concentrer sur ses études si on a été brutalement séparé de ses parents pendant le trajet ou si, à 17 ans, on n’a plus aucune nouvelle des siens et de la maison ? », s’interroge l’organe exécutif dans un communiqué publié fin mars. Et de conclure : « Pour l’avenir de ces adolescents et dans la perspective de leur intégration, l’EERV estime que l’attention réservée aux mineurs non accompagnés doit être la même que celle accordée à tout enfant en difficulté. »

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