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État des lieux de l’aumônerie d’hôpital en Suisse – Interview d’Arnd Bünker

« J’étais malade et vous m’avez visité » (Mt 25,36) : l’Église a toujours accordé une priorité claire au souci des malades, qui est en point de mire de la mission salvifique chrétienne. Les formes qu’a prises, toutefois, ce souci pour les malades ont constamment évolué, comme ont évolué au cours du temps les notions de santé et de maladie. En mars, un groupe de travail de la Conférence des évêques suisses (CES) a publié un « Rapport intermédiaire : Défis de l‘aumônerie hospitalière dans le système de santé actuel ». Il esquisse les principaux mouvements de fonds et défis auxquels est confrontée l’aumônerie d’hôpital dans son développement au sein de l’institution qu’est le « système de santé ». Interview avec Arnd Bünker, secrétaire exécutif de la Commission pastorale de la CES, qui a dirigé le groupe de projet auteur du rapport.

Monsieur Bünker, pourquoi l’Église catholique se penche-t-elle ainsi au chevet de l‘aumônerie d’hôpital ?

Arnd Bünker (AB) : depuis pas mal de temps déjà, le domaine de l’aumônerie hospitalière connaît un état d’urgence car il est devenu très difficile de repourvoir les postes qui se libèrent avec du personnel ayant les qualifications requises. La Conférence des évêques suisses (CES) a donc donné mandat à sa Commission pastorale d’éclairer la situation de l’aumônerie au sein du système de santé suisse et de dégager des options stratégiques. Le groupe de projet SeeliG (aumônerie dans le système de santé) a été institué à cet effet. 

Arnd Bünker, photo © SPI

Matériel

« Il est devenu très difficile de repourvoir les postes d’aumônier d’hôpital avec du personnel ayant les qualifications requises.

 

 

Thématique prioritaire
Le groupe de projet a décidé de se consacrer en priorité à la thématique de l’aumônerie en milieu hospitalier, à cause de l’urgence que je viens d’évoquer. D’autres champs d’étude seront ensuite abordés, par exemple, et parmi d’autres, les enjeux et les chances de la pastorale des malades au plan paroissial. Le rapport intermédiaire que nous venons de publier est une sorte de vaste état des lieux des dynamiques traversant le système de santé.

  Une mission œcuménique, le plus souvent
On ne peut évidemment pas aborder l’aumônerie d’hôpital avec une lunette « mono-confessionnelle ». Une professionnelle réformée (note de la rédaction : Claudia Graf, pasteure et docteure en théologie, aumônière à l’hôpital de Bülach/ZH) a donc participé au groupe de projet. Le « rapport intermédiaire » devrait ainsi, dans une large mesure, rencontrer un écho dans les milieux réformés également.

Witikon; Wikimedia/Roland zh

Image symbolique, photo: Flickr

Quelles sont les principaux constats du rapport ?
AB : le groupe de projet a identifié sept dynamiques et développements, partiellement contradictoires d’ailleurs, dans le système de santé, des questions juridiques à l’hôpital au financement ou à la formation des aumôniers pour qu’ils et elles restent en mesure de collaborer avec les acteurs souvent hautement spécialisés des professions de la santé.

Toutes ces dynamiques influencent de diverses manières les évolutions qui traversent l‘aumônerie hospitalière. Certaines sont ambiguës et ouvrent la porte à diverses interprétations ; elles suggèrent également diverses possibilités d’action, parfois contradictoires.

Le groupe de projet a donc dégagé les lignes de fond qui traversent l’aumônerie en milieu hospitalier et esquissé les différents niveaux d’action qu’il faudrait garder en point de mire. À cet égard, on constate actuellement un déficit frappant de réflexion stratégique et de coordination aussi bien au niveau de l’aumônerie hospitalière que des Églises en Suisse.

Il n’y d’ailleurs aujourd’hui aucun canal ou instance d’impact et de rayonnement national pour aborder toutes les questions en attente de réponses. Cette lacune affaiblit la position de l’aumônerie hospitalière. Cette dernière n’a pas vraiment de lobby, surtout si l’on compare avec les autres professionnels en milieu hospitalier (médecine et soins infirmiers), qui, eux, sont bien organisés, ont des lobbys bien plus puissants et disposent d’un potentiel de réflexion bien plus développé.

 

Quelles mesures proposez-vous ?

AB : il me semble indispensable que les Églises travaillent à chercher des solutions, en collaboration œcuménique, à toutes les questions soulevées dans le rapport. Il faudra ici effectuer un travail de motivation et trouver les ressources nécessaires, et ce dans les deux Églises.

Pour ce qui est des collaboratrices et des collaborateurs des aumôneries d’hôpital, il me semble nécessaire qu’ils développent leur organisation ainsi que des formes de collaboration qui les engagent (donc plus contraignantes). Ils devraient également se donnent un profil professionnel plus lisible (par les patients et le personnel hospitalier !). Cela évitera que des personnes souvent perçues comme des « combattants solitaires » se retrouvent marginalisées dans les institutions ou dans leur réduit cantonal. Car ils ont en face d’eux un environnement extrêmement dynamique !

Comment se déroule la collaboration œcuménique ?
AB : la collaboration œcuménique au niveau des directions nationales d’Église n’en est qu’à ses balbutiements en Suisse, contrairement au plan cantonal, où il existe des collaborations déjà bien rodées. Des stratégies, des formes d’organisation ou des mandats au plan national doivent donc encore être inventés.

Monsieur Bünker, un grand merci pour cette interview.

Brett Renfer, Flickr

« On constate actuellement un déficit frappant de réflexion stratégique et de coordination aussi bien au niveau de l’aumônerie hospitalière que des Églises en Suisse.

 

Contact

Arnd Bünker, directeur
Institut suisse de sociologie pastorale SPI
Gallusstrasse 24
9000 St-Gall
Tél. 071 228 50 90
info@spi-sg.ch