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Un projet diaconal fête ses 15 ans : Point d’appui, un lieu d’asile au cœur de Lausanne

Oct 11, 2018 | Asile migration, Aumôneries, Magazine, Projets diaconaux

Le temps d’un café ou d’un échange, Point d’appui offre un peu de répit à ceux dont la vie n’est qu’instabilité. Depuis quinze ans, cet espace accueille et accompagne les migrants à Lausanne.

Un jeune homme sirote un café installé dans un canapé. Quelques personnes s’affairent en cuisine pendant que d’autres discutent autour d’une grande table en bois. « La majorité des utilisateurs ont fait une demande d’asile et en sont à différents stades de la procédure. Certains ont reçu le statut de réfugiés, d’autres sont en attente ou déboutés », explique la pasteure Diane Barraud, aumônière à Point d’appui. Créé en 2003, cet espace multiculturel, au centre de Lausanne, offre aux personnes issues de la migration un lieu bienveillant pour discuter, obtenir des conseils ou de l’aide par rapport à des démarches administratives.

« Entre 20 et 30 personnes passent chaque jour. Il y a des habitués et des usagers ponctuels », constate la pasteure. Point d’appui est ouvert du lundi au vendredi. Cette structure portée par les Églises évangelique réformée et catholique propose différentes prestations, toutes gratuites, et sans aucune distinction religieuse. Au-delà de l’accueil, les trois aumôniers sont disponibles pour des entretiens individuels quand les utilisateurs en font la demande. « Ils nous sollicitent pour des raisons extrêmement variées. Cela peut concerner une réponse négative par rapport à leur demande d’asile, un départ à l’étranger, mais aussi des difficultés sociales ou d’autres problématiques concrètes », raconte Diane Barraud.

Photo: © Point d’appui

Des personnes en souffrance

« Les réfugiés ont souvent effectué un long voyage pour arriver en Suisse. Et il y a un décalage entre leurs projets de vie, leurs souhaits et ce que définit le cadre légal de notre pays. On entend fréquemment : ‘je fais tout bien, je suis honnête et pourtant on me refuse’ », explique l’aumônière qui constate un durcissement de la politique d’asile. « On sent que l’entonnoir se resserre. Les différentes lois sur l’asile et les étrangers évoluent vers la fermeture, cela devient vraiment difficile. La police utilise des moyens qui sont les mêmes que pour les affaires pénales, c’est-à-dire perquisition chez les gens pendant la nuit, séparation des enfants et des parents durant les transports. Ces situations sont extrêmement traumatisantes pour ces personnes qui vivent très mal le fait d’être traitées comme des criminels alors qu’elles n’ont rien fait. »

Les aumôniers écoutent et accompagnent les réfugiés, travaillant en réseau avec les autres institutions qui s’occupent de la migration. S’agit-il d’un accompagnement spirituel? « La majorité des personnes que nous accueillons ici ont une foi et une appartenance religieuse largement supérieure à la moyenne européenne. Le lien de la foi est particulièrement important pour eux dans cette période d’insécurité, ballotés d’un pays à un autre. Nous les rencontrons dans un moment de vie souvent à la croisée des chemins, je trouve que nos entretiens sont éminemment spirituels ».

Des écrivains publics et des cours de français

Point d’appui offre également d’autres prestations comme un service d’écrivains publics qui s’occupent de répondre aux courriers administratifs des personnes migrantes ou de les aider à écrire un CV. Des cours de français, des ateliers de conversation et un coin internet sont également proposés. Tout comme des vêtements à bas prix et de la distribution de nourriture. La structure fonctionne avec trois aumôniers qui se partagent deux postes à plein temps ainsi que deux civilistes, mais surtout grâce à une soixantaine de bénévoles qui y consacrent une demi-journée par semaine en moyenne. « Point d’appui vit grâce au bénévolat. D’ailleurs, certains bénéficiaires deviennent par la suite bénévoles. »

Point d’Appui a été créé par la diacre Brigitte Zilocchi et le prêtre Jean-Pierre Barbey en février 2003. Pour célébrer ces quinze ans d’existence, l’espace a organisé une fête samedi 6 octobre pour remercier ses bénévoles et principaux partenaires.

Source : ProtestInfo, Laurence Villoz

Diminution de la marge de manœuvre des cantons dans la politique d’asile

Diane Barraud, ©EERV

Médiatrice Église-réfugiés à l’espace d’accueil pour les migrants, Point d’appui, à Lausanne, la pasteure Diane Barraud constate un durcissement des lois sur l’asile et les étrangers. Et même le « mauvais élève » qu’est le canton de Vaud est obligé de s’y plier. Interview.

Vous êtes médiatrice Église-réfugiés à l’espace Point d’appui qui accueille notamment des réfugiés, quelle est la spécificité de votre travail ?

C’est une fonction un peu particulière qui existe depuis près de quarante ans dans le canton de Vaud. Dans les années 1980, pour la première fois des requérants d’asile ont trouvé refuge dans l’église Saint-Amédée, à Lausanne. Ils avaient reçu une décision négative par rapport à leur demande d’asile et s’y opposaient. Avec un groupe de soutien, ils se sont donc abrités dans l’édifice en résistance au Conseil d’État.

Face à cette situation, le Conseil d’État, d’un commun accord avec les réfugiés et leur groupe de soutien, s’est adressé aux Églises pour nommer des médiateurs afin de dialoguer et trouver une issue. À partir de là, il y a toujours eu des médiateurs Église-réfugiés protestants et catholiques qui font le lien entre politiques, société et réfugiés. Nous avons des liens réguliers avec le Service de la population et travaillons continuellement dans la recherche de solutions.

Les lois sur l’asile se durcissent en Suisse. Le canton de Vaud, réputé pour sa politique d’accueil, se plie-t-il aux directives ?

Le canton de Vaud a souvent été particulièrement humaniste dans la gestion des personnes en situation d’asile. Par exemple, avec ‘l’affaire des 523’. Ces personnes ont été déboutées de l’asile, mais étaient en Suisse depuis longtemps. Tout un mouvement populaire s’est formé dans le canton pour les soutenir et 521 d’entre elles ont été régularisées. Mais ces dernières années, on sent que l’entonnoir se resserre au niveau du canton. Les marges de manœuvre pour régulariser, négocier, laisser des dossiers de côté le temps que la situation évolue sont de moins en moins possibles. Les lois se sont durcies au niveau suisse et le canton de Vaud doit exécuter les décisions de Berne après s’être fait traiter de « mauvais élève ».

Y a-t-il toujours des initiatives citoyennes pour venir en aide aux migrants dans le canton de Vaud?

Oui, par exemple l’Action parrainages, lancée en 2016 par des associations et les Églises réformée et catholique. Cette initiative propose à des citoyens d’encadrer et d’accompagner un réfugié. Plus de 400 familles ont répondu présentes. C’est très encourageant ! L’accueil des migrants n’est pas censé être une affaire de spécialistes, mais concerne toute la société.

Interview : Laurence Villoz, ProtestInfo